Interpellation relative à l’occupation temporaire de l’ancienne maison communale à des fins socio-culturelles – conseil communal de novembre 2020 – Interpellation déposée par Audrey Petit au nom du groupe Ecolo-Groen.

A Bruxelles, il suffit de se balader un après-midi dans les rues pour constater le nombre important d’espaces inoccupés. On estime entre 15 000 et 30 000 le nombre de logements vides dans la région et à 150 000 m2 la surface de bureaux vides (sans prendre en considération les très nombreux étages vacants au dessus des commerces). Cette vacance immobilière est interpellante, et à mettre en parallèle avec le manque cruel de logements et d’espaces décents. Nombreux sont ceux qui cherchent un toit, pour y vivre ou dormir, ou pour y travailler (asbl, commerçants,…).

A Etterbeek, alors que la toute nouvelle maison communale achève sa construction, se pose la question du futur de l’ancien bâtiment, sur le long terme bien sûr, mais aussi sur le court et moyen terme. C’est sur ce dernier – pour une fois !- que nous aimerions nous pencher.

–> La commune s’engagera-t-elle à ne pas laisser ce grand espace central vide pendant des mois ? Quand on connaît les démarches administratives nécessaires, les délais d’obtention de permis d’urbanisme,… la question se pose.

Le secteur culturel est le secteur le plus touché par la crise; il aurait perdu 93% de ses recettes propres. C’est inquiétant quand on réalise vraiment la manière dont il contribue à notre bien-être collectif  et que l’on perçoit ses multiples richesses : émotionnelle  et « expérientielle »  bien sûr, mais aussi économique. Troisième secteur d’emploi, après la construction et l’agroalimentaire, c’est aussi un secteur très jeune, qui génère beaucoup d’activités économiques indirectes.

Nos artistes sont vraiment à bout de souffle. Ceux qui ont visité le parcours d’artistes d’Etterbeek début octobre et pu échanger avec eux ont pu le comprendre. Le plaisir des artistes de pouvoir enfin ressortir de l’ombre, créer et partager leur travail, auprès d’un vrai public, était flagrant.

Pour survivre, ils ont besoin de plusieurs types de soutiens : On parle souvent du soutien financier. Ils ont aussi besoin d’espaces et de matériels.

Il y a celles et ceux qui ont pu continuer de créer ces derniers mois, même confinés – peintres, dessinateurs, plasticiens,…-, certains même très inspirés. Les oeuvres sont là ; Ils cherchent aujourd’hui des espaces pour les exposer, des vitrines, pour pouvoir continuer d’en vivre.

Il y a celles et ceux aussi pour qui la création a été rendue difficile, voire impossible, parce qu’elle nécessite un espace particulier, du matériel volumineux, un travail d’équipe, des contacts fréquents,… c’est souvent le cas des « travailleurs et travailleuses» des arts vivants. Pour ceux-là, l’inspiration, les idées, scenarii,.. sont là, ils ont mûri pendant le confinement sans doute. Il faut maintenant pouvoir passer à l’action, expérimenter, jouer, créer,… Ceux-là cherchent donc ces espaces adaptés pour créer leurs spectacles. C’est habituellement les centres culturels qui offrent ces possibilités aux artistes, et cela semble logique. Ils mettent temporairement à disposition des artistes des salles, pour un temps de création défini (résidence artistique d’une semaine à 3 mois en général).

Aujourd’hui, la demande en espaces de création est importante et les centres culturels n’arrivent plus à fournir. Souvent, ils ont choisi de reprogrammer les spectacles annulés, saturant l’occupation des salles, et laissant  moins de place aux moments auparavant dédiés à la création. Aujourd’hui, il faut trouver de nouveaux laboratoires de création temporaires, pour ces artistes du spectacle vivant.

Par ailleurs, le monde associatif est également durement touché par cette crise. Les exigences en termes de distanciation sociale et par conséquent en termes d’espace exigé amènent un nombre important d’associations à réduire une partie de leurs activités ou à limiter la quantité de public bénéficiaire faute de locaux adéquats.

Par conséquent, le nombre d’associations, notamment etterbeekoises, en demande criante de locaux spacieux à pourvoir pour les prochains mois est en constante augmentation.

En parallèle de cette demande nouvelle liée à la crise sanitaire actuelle, nombreuses sont également les associations de fait ou ASBL à la recherche de locaux gratuits pour s’établir temporairement et structurer leurs activités ou faire perdurer leur objet social.

Les regards des associations locales se portent dès lors tout naturellement vers ce bâtiment qui pourrait offrir une solution temporaire toute indiquée jusqu’à sa destruction.

L’ancien bâtiment communal compte de nombreuses salles, aux propriétés différentes et intéressantes pour ces artistes et associations. Salle du conseil au plafond très élevé, pour des compagnies circassiennes par exemple,  halls et bureaux divers, pour des expositions de sculptures, peintures,… c’est un lieu central et massif dans la commune qui permettrait aussi de répondre aux règles de sécurité imposées par le covid.

Laisser des espaces inoccupés à destination des artistes et associations locales, pour qu’ils y travaillent, d’autres l’ont bien sûr déjà fait avant nous, et des cadres existent déjà.

Le projet temporaire des « Grands voisins » à Paris, le Tacheles à Berlin,… sont des exemples qui montrent bien que de tels projets sont possibles, si la volonté est là. Plus près de nous, les Ecuries van de Tram à Schaerbeek, la Serre à Ixelles, sont d’autres beaux succès. Le projet See-U à Ixelles démontre l’attractivité pour la commune que peut apporter une telle occupation précaire: venue de nouveaux publics, qu’ils soient artistiques ou associatifs, redynamisation d’un quartier, rencontre entre artistes ou associations dans un même lieu,… Les bénéfices d’une telle opération peuvent ainsi être multiples et extrêmement importants.

Etterbeek a d’ailleurs déjà autorisé ce type d’occupation temporaire : on peut penser au Théâtre Cie Yvan Baudouin – Lesly  Bunton qui a occupé le théâtre situé avenue d’Auderghem, ou encore aux bâtiments communaux mis temporairement à disposition de le la Zinneke Parade.

Des associations se sont même spécialisées dans la gestion de ce type d’occupation, comme l’ASBL COMMUNA, qui compte aujourd’hui plusieurs projets à Bruxelles – aucun à Etterbeek.

Récemment, l’échevin Arnaud Pinxteren, à Laeken, a fait le choix de refuser l’inoccupation d’un bâtiment communal, et lancé un appel à projets pour l’occupation transitoire de celui-ci, via un gestionnaire de projet externe.

Le groupe Ecolo-Groen souhaite interpeller le collège et obtenir des réponses sur les questions suivantes:

  • Y-a-t-il déjà des idées de projet, pour l’occupation à court et moyen terme de l’actuelle maison communale, en attendant son affectation définitive ?
  • A combien de temps estimez-vous la vacance ?
  • La commune serait-elle disposée à mettre à disposition d’artistes les anciens bâtiments communaux, et d’en faire temporairement un lieu d’échanges, de création et d’expression artistique, à la fois vitrine et laboratoire artistique? La commune serait-elle disposée à y accueillir temporairement des associations, pour leur permettre de poursuivre leurs activités ? Il s’agirait donc d’une autorisation d’occupation temporaire.